Portrait|Mathieu Croizé, délégué syndical : «  Nos droits sont le fruit d’un long combat » 

Monsieur Croizé, à l’ISND en mars 2025. © Photo Assia

Être enseignant, c’est bien plus que donner des cours. Il faut faire face aux réalités du système éducatif, aux réformes et aux conditions de travail qui évoluent sans cesse. Et certains professeurs ne se contentent pas de transmettre leur savoir : ils s’engagent aussi pour défendre leurs droits et ceux de leurs collègues. C’est le cas de Monsieur Croizé, professeur d’économie et syndicaliste, qui jongle entre ces deux rôles. 

Pourquoi vous-êtes vous engagé en tant que syndicaliste CSC ?


Quand j’étais jeune, j’ai toujours été le délégué de classe. J’ai toujours été engagé politiquement, influencé par mon père qui a fait de la politique en Italie et par un oncle syndicaliste. Je viens, en effet, d’une famille immigrée et pauvre. On a toujours pu subir de la discrimination.

 « Quand on est pauvre on n’a pas autant de possibilités que quand on vient d’une famille riche. »

Puis, lorsque j’étais au lycée en France, il y a eu des mouvements sociaux avec des grosses manifestations d’étudiants contre le gouvernement dans les années 90. J’ai été le leader de cette vive protestation.

Comment a débuté votre expérience dans le monde du syndicalisme en Belgique ?

Arrivé en Belgique, je rejoins rapidement la CSC mais c’est l’élection de Donald Trump en 2016 qui agit comme un déclencheur. 

« J’avais des valeurs à défendre, une vision de la société à porter. Il faut que des gens comme moi s’engagent. »

Je me suis présenté en 2020, c’était les premières élections sociales. On a fait des listes et on a eu un élu au CE et un au CPPT.


Et actuellement ? Quelle est votre fonction ?

Je suis élu au CE. Aux dernières élections, on a doublé le nombre d’élus. Pour l’instant, je suis élu comme représentant régional de Bruxelles. Puis, aux nouvelles élections, je me présente pour être secrétaire de la structure de bureau.

© Anciens CNDP Erpent


N’est-ce pas un mandat exigeant ?

Le rôle de délégué syndical dans l’enseignement catholique est loin d’être simple. On ne dispose d’aucune heure libérée. C’est du travail en plus, fait bénévolement. Les congés syndicaux permettent d’assister à des réunions mais on garde quand-même les corrections d’évaluations de nos classes. 

« Ce n’est pas une diminution de charge de travail, c’est juste un déplacement. »

Comment affrontez-vous les tensions dans cet univers du syndicalisme ? 

Être délégué, c’est aussi s’exposer. Mon père me disait que c’était dangereux de s’opposer au pouvoir. Même si ce n’est qu’une école, il y a des directions, des PO derrière. Je défends des idées qui peuvent déranger.

Quelques affiliés n’étaient certainement pas contents que je sois élu. Il y a une certaine concurrence entre les syndicats pour récupérer des affiliés.

Parfois, on sent des tensions sans qu’elles soient dites. On ne sait jamais vraiment si un événement est lié à notre rôle syndical. 

Quel est votre avis sur les nouvelles réformes ?

C’est l’horreur, aussi bien individuellement que collectivement. Il y a une crise dans l’enseignement , et on y répond en supprimant des postes, en remettant en cause la nomination.

Ce qu’ils veulent, c’est quelqu’un devant une classe, pas forcément quelqu’un de compétent. 

« Avec un CDI, on peut engager n’importe qui. L’ami d’un PO qui doit rembourser son crédit ? Hop, on lui donne un poste de prof. »

Pourquoi est-ce si important pour vous de militer ? 

On savait que certaines coupes visaient à diviser les écoles. La mobilisation a permis de résister. 

« On ne renversera peut-être pas le gouvernement, mais on peut ralentir le bulldozer. »

Après, c’est aussi la difficulté. Les citoyens qui votent pour des partis, démocratiquement, peuvent faire passer leur lois. Mais ce qui peut être intéressant, c’est de montrer un autre modèle de société, un modèle de société inclusif.

© L’Echo

Cela vous arrive-t-il d’être découragé par l’état actuel du monde ?

Je ne le suis pas. Peut être qu’un jour, je le serai. Maintenant, je pense que je ne peux pas l’être. 

« Si je suis leader syndical, je ne peux pas être découragé. »

Dans ma vision de la vie, je pense que nous vivons parfois des moments difficiles. Puis après, ça finit par aller mieux. Il faut toujours espérer.

Je suis chrétien et donc ma religion m’a apporté cette vision de la vie. C’est peut-être un peu caricatural. Mais, nous, les chrétiens, on a la vision du Christ qui a souffert, qui a souffert pour nous. Puis, cela va mieux.

Le combat n’est jamais perdu, on met les pierres pour plus tard.

« Beaucoup ne réalisent pas que leurs droits sont le fruit d’un long combat. Le rôle du syndicat, aujourd’hui, c’est aussi de les préserver. »

Le témoignage de Mathieu Croizé montre que le rôle de délégué syndical va bien au-delà des simples réunions ou discussions. C’est un engagement personnel, parfois difficile, mais essentiel pour défendre les droits des travailleurs. Même si les résultats ne sont pas toujours visibles immédiatement, les actions menées peuvent freiner des décisions injustes et préserver des acquis importants. Son parcours nous rappelle aussi que s’engager, c’est croire en un avenir meilleur, même quand les temps sont durs.

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